Au bout d’une heure de marche dans la garrigue, l’échancrure des collines s’ouvre enfin sur une eau turquoise. Sormiou est la plus grande des calanques de Marseille et sans doute la plus attachante. Elle réunit ce que les autres criques n’ont pas réuni : une vraie plage de sable, un port de pêche qui sent l’iode, des cabanons hérités de générations de Marseillais et, sous l’eau, une histoire qui a changé la plongée mondiale.
Comment rejoindre la calanque de Sormiou à pied ?
Sormiou à pied : deux sentiers, deux ambiances
Depuis La Cayolle
Le plus direct : parking gratuit, route goudronnée vers le col puis descente plein sud, vue plongeante mais sans une once d’ombre.
Par les Baumettes
Le choix des habitués : pinède ombragée, odeur de résine et cigales, environ 50 minutes sans se presser.
Deux sentiers principaux mènent à la crique, chacun avec son ambiance. Le départ de La Cayolle reste le plus direct : depuis le parking gratuit, on suit une route goudronnée vers le col, puis un sentier qui dévale plein sud, sans une once d’ombre. La descente offre une vue plongeante sur l’eau et les cabanons. En plein été, ce versant se transforme en fournaise.
Le chemin des Baumettes séduit les habitués. Il s’enfonce d’abord dans une pinède ombragée, odeur de résine et cigales en fond sonore, avant de longer la colline à flanc. Comptez 50 minutes sans se presser. Une variante par les crêtes du cap Morgiou ajoute une vue spectaculaire et un court passage de désescalade, pour ceux qui veulent gagner leur baignade.
En transport, le métro jusqu’à Rond-Point du Prado puis le bus 22 vers le terminus des Baumettes dépose les marcheurs à pied d’œuvre. Quel que soit l’itinéraire, prévoyez deux litres d’eau par personne et des chaussures de trail, la roche polie glisse par endroits.
Peut-on descendre à Sormiou en voiture ?
Oui, mais sous conditions strictes. La route étroite et sinueuse plonge jusqu’à un parking payant de 10 euros, derrière la plage. Cet accès reste très réglementé dès le retour des beaux jours.
En saison, les week-ends et lors des fortes affluences, une barrière gardée ferme la route aux véhicules. Seuls les cabanonniers munis d’un laissez-passer, les habitants voisins de la Cayolle et les clients du restaurant ayant réservé avec leur plaque d’immatriculation peuvent descendre. Hors saison, la route ouvre mais le parking reste limité de 8h à 18h. Avant de partir, un réflexe s’impose : vérifier que le massif n’est pas fermé pour risque d’incendie, une décision prise chaque jour à 18h pour le lendemain.
Une plage de sable rare au cœur du massif

Là où la plupart des calanques n’offrent qu’une bande de galets, Sormiou déploie une vraie plage de sable qui s’étire sur une centaine de mètres. La pente douce et l’eau qui s’approfondit sans à-coup en font la crique la plus familiale du massif. C’est aussi la seule dotée d’une zone de baignade surveillée par des maîtres-nageurs en juillet et août, un luxe absent partout ailleurs. Si vous aimez ce type de criques préservées, la calanque de l’Indienne à Porquerolles offre une autre échappée méditerranéenne dans le même esprit.
Une fois la serviette posée, la calanque s’ouvre dans deux directions. À droite, un sentier grimpe au-dessus de petites criques vers le cap Sormiou. À gauche, une allée de cabanons colorés mène au petit port. Ces maisonnettes nées au début du XXe siècle pour abriter les barques sont devenues un véritable art de vivre marseillais, transmis de génération en génération malgré l’absence d’électricité. Entre baignade et apéro, leurs propriétaires y cultivent une vie paisible que beaucoup leur envient.
La grotte Cosquer et le berceau de la plongée
À la sortie de la calanque, à 37 mètres de fond, s’ouvre un tunnel immergé. En 1991, le plongeur Henri Cosquer le remonte sur 175 mètres dans le noir et débouche dans une salle restée au sec. Sur les parois, plus de 500 œuvres peintes entre -33 000 et -19 000 ans : des mains d’enfants, des chevaux, des bisons et de rares animaux marins comme des phoques et des pingouins. La grotte, classée Monument historique, reste interdite au public, mais sa réplique se visite à Marseille.
Sormiou a aussi vu naître la plongée moderne. Dans un cabanon, Georges Beuchat fonde en 1934 la première marque de matériel au monde et transmet sa passion à un gamin du coin, Albert Falco. Futur capitaine de la Calypso aux côtés de Cousteau, Falco a intitulé son autobiographie Sormiou, berceau bleu de mes souvenirs. C’est ici qu’on testa le premier prototype de combinaison néoprène isotherme.
Quand venir pour éviter la foule ?
La rançon de cette beauté tient en un mot : surfréquentation. Marcher une heure ne garantit pas la tranquillité, car le défilé de voitures autorisées descend en milieu de journée et la plage se remplit vite l’été. Ceux qui cherchent un coin plus discret apprécieront aussi cette crique cachée du littoral languedocien, loin de l’affluence des sites les plus courus.
Le matin reste le moment idéal, avant que le soleil ne plombe le sentier et que les premières serviettes ne couvrent le sable.
Le printemps et l’arrière-saison offrent le meilleur compromis : lumière douce, eau encore vivable et accès routier plus souple. Quelques règles simples préservent ce joyau pour les visiteurs suivants : remporter ses déchets, rester sur les sentiers et respecter le calme des cabanons. Sormiou se mérite, et c’est ce qui la rend inoubliable.





